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L’introverti, cet inconnu…

Ni phobique social, ni spécialement timide, ou pas forcément, l’introverti est bien souvent un incompris. Ce mot n’est pas plus une insulte qu’il ne nomme une pathologie, rien de tout cela. De grands penseurs et artistes, tels que Carl Gustav Jung, Albert Einstein, Abraham Lincoln, Marie Curie ou encore Clint Eastwood et David Bowie, étaient situés du côté introverti du spectre. Essayer de se faire entendre au sein d’un monde entièrement conçu pour les extravertis relève parfois de l’exploit. Et si ces derniers expriment souvent une défiance face à ces individus différents, c’est peut-être tout simplement car ce monde extrêmement riche et beau que l’on sent vivre à l’intérieur d’une personne introvertie est parfois difficilement accessible.

Comment pourriez-vous savoir exactement de quoi il retourne si même les dictionnaires et autres encyclopédies diffusent largement des définitions erronées de ce type de personnalité ? Pour une meilleure compréhension de cet article, je tiens à préciser que l’introversion et l’extraversion se trouvent chacune aux extrémités d’un spectre sur lequel vous vous situez tous à des endroits différents. Par convention, j’appellerai dans cet article introverti un individu qui se situe plutôt du côté de l’introversion, et extraverti, quelqu’un qui se situe plutôt du côté de l’extraversion. En somme, personne n’est vraiment tout l’un ou tout l’autre.

Face à l’incompréhension du monde entier…

Le dictionnaire Merriam Webster définit un introverti comme « une personne timide : une personne tranquille qui a du mal à parler aux autres personnes ». Le dictionnaire Oxford le décrit comme « une personne en retrait ou réservée », tandis que l’Encyclopedia Britannica affirme que « l’introverti typique est timide, contemplatif, réservé et a du mal à s’adapter aux différentes situations sociales ». Toutes ces définitions sont inexactes. A rebours des clichés et des idées reçues, voici une description aussi précise que possible de l’introversion.

Ce que les introvertis ne sont pas 

Être timide signifie que l’on « manque d’aisance, d’assurance dans ses relations avec autrui ; [avec une] tendance à se troubler et à perdre ses moyens lorsqu’on se sent regardé, observé. » (CNRTL). Ce trait peut s’appliquer aussi bien aux personnalités introverties qu’extraverties et prend souvent ses racines dans l’enfance. Chacun d’entre nous peut se montrer timide dans certaines situations sociales bien particulières, et pas du tout le reste du temps.

Être introverti signifie que les interactions sociales drainent votre énergie et finissent par vous épuiser, même si vous les appréciez beaucoup. Vous pouvez même les rechercher et avoir l’air tout à fait extraverti lorsque vous y participez. Mais étant donné que cela vous prend beaucoup d’énergie, vous choisirez probablement avec soin les événements auxquels vous vous rendrez. 

Les introvertis ne sont pas des phobiques sociaux, ou alors, pas plus que certains extravertis. Et ils ne sont pas forcément étranges en société, ils peuvent même se révéler très charismatiques en public. Ils ne sont pas spécialement misanthropes et au contraire, s’intéressent vraiment à chacun de leurs interlocuteurs. C’est pourquoi ils ont du mal à supporter les conversations très superficielles, où l’on parle de la pluie et du beau temps. Si vous commencez à vous reconnaître dans ces quelques traits, vous pourrez en avoir le cœur net en passant ce petit test.

Dans la tête d’un introverti

Le rôle déterminant de l’acétylcholine

Dans son livre, Quiet Kids : Help Your Introverted Child Succeed in an Extroverted World (Enfants calmes : aidez votre enfant introverti à réussir dans un monde extraverti), Christine Fonsecca explique que les personnalités plutôt introverties utilisent beaucoup un neurotransmetteur appelé acetylcholine. Tout comme la dopamine, il est lié au plaisir, mais fonctionne différemment. Il nous procure un sentiment de bien-être lorsque nous nous tournons vers l’intérieur. Il nous permet de réfléchir longuement, de manière concentrée, sur une longue période de temps. Il est aussi lié à la mémoire à long terme, à l’apprentissage et à la concentration dans le calme. Selon le docteur Marti Olsen Laney, auteur du livre The Introvert Advantage : How Quiet People Can Thrive in an Extrovert World (Introverti et heureux, éditions de l’Homme, 2013), ce neurotransmetteur procure une sensation d’apaisement et de joie lors de ces moments de contemplation.

Un seuil de dopamine plus bas

Les introvertis sont beaucoup plus stimulés par leur environnement et par les interactions sociales, et se retrouvent à cours d’énergie bien plus rapidement que leurs camarades extravertis. Leur principale préoccupation est de savoir s’ils peuvent apprendre quelque chose dans une situation donnée. Si ce n’est pas le cas, ils vont rapidement avoir envie de quitter la situation ou la conversation en question.

Pour le docteur Marti Olsen Laney, auteur de Introverti et heureux, les introvertis sont plus sensibles que les extravertis à la dopamine. Par conséquent, ils ont besoin de moins de stimulations et très vite cela devient trop. Avec une trop forte dose de dopamine, les introvertis se sentent surstimulés et c’est la surcharge (“introvert hangover”, dont nous parlerons plus tard).

Les extravertis, en revanche, ont besoin de beaucoup plus de stimulations et de dopamine pour se sentir bien. Ils arrivent donc très bien à surmonter la fatigue liée à la socialisation. Ils ne connaissent pas cette lassitude des introvertis après les interactions sociales.

« Pour les introvertis qui ont un niveau élevé d’activité interne, tout ce qui vient de l’extérieur augmente rapidement leur niveau d’intensité. C’est un peu comme être chatouillé – la sensation passe d’ “agréable et amusant” à “trop” et inconfortable en une fraction de seconde ». Marti Olsen Laney.

The introvert hangover : la gueule de bois de l’introverti

L’expression a été inventée par Shawna Courter, auteur, sur son site Introvert, dear. Comme elle l’explique très bien dans son article, si un introverti se rend à un événement de 2h qui se révèle durer 4 ou 6 h, la gueule de bois de l’introverti peut se manifester. Si ce même introverti a rendez-vous avec une personne, et que celle-ci se présente avec six autres personnes, cela peut également déclencher ce phénomène, tout comme le fait d’accumuler les sorties pendant une trop longue période de temps. Une expérience professionnelle en open space alliant réunions bruyantes et conversations permanentes peut également déclencher le phénomène. Je l’ai vécu de nombreuses fois, et au bout de 6 mois dans certaines entreprises de type très extraverti, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. 

Lorsque ce phénomène se produit, il peut impliquer des symptômes physiques, des maux de tête, une sensation de fièvre, de malaise, de distance avec son environnement. Et comme dans certaines scènes de films, les visages souriants deviennent grimaçants, voire menaçants, tout paraît hostile, et les pensées du pauvre introverti se retournent alors contre lui. Une seule solution à ce moment-là : la fuite. Il s’agit de trouver un endroit où s’isoler dans le calme et le silence. Une demi-heure peut tout à fait suffire à littéralement « retrouver ses esprits ». 

Cerveau gauche ou cerveau droit  ?

Cerveau droit

D’après le docteur Marti Olsen Laney, les introvertis dont le cortex droit est dominant, traitent les informations de manière très intuitive et très subjective. Ils ont des convictions profondes, des ressentis très forts. Ils peuvent être très créatifs et avoir des dons artistiques. Ils réagissent de manière très émotionnelle.

Cerveau gauche

Les introvertis dont le cortex gauche est dominant se rapprochent du cliché de l’introverti qui a besoin de peu de contacts sociaux, et qui préfère probablement la compagnie des livres à celle de ses semblables. Leur pensée analytique est très développée et ils sont très orientés théorie. Ils prennent des décisions basées sur la raison et la pensée. 

Les avantages de l’introversion

Comme l’affirme Antoine Pelissolo, psychiatre, dans Retrouver l’espoir : Abécédaire de psychiatrie positive, « À intelligence égale, les introvertis ont en moyenne de meilleurs résultats scolaires et font preuve de plus de capacités d’empathie. » 

Il est à noter qu’ils sont également très exigeants avec eux-mêmes. « Les introvertis ont tendance à avoir un niveau d’aspiration élevé, à être très rigides dans leurs exigences envers eux-mêmes, et à sous-estimer leurs propres performances ; les extravertis ont tendance à avoir des niveaux d’aspiration très faibles, à manquer de la rigidité de l’introverti et à surestimer leurs propres performances. »  Section of Psychiatry President-Professor AUBREY LEWIS, M.D. [November 12, 1946; The Measurement of Personality. [Resume] By H. J. EYSENCK, Ph.D.London Psychological Laboratory, The Maudsley Hospital. Par ailleurs, 75 % des individus qui ont un QI de plus de 160 sont des introvertis.

Ils sont capables de s’exprimer en public quand leur motivation intrinsèque est grande, notamment quand ils ont une mission qui correspond à leurs valeurs. Contrairement aux extravertis, ils sont capables de se motiver seuls, et sont moins dépendants d’encouragements extérieurs. Pour les mêmes raisons, ils sont capables de concevoir une pensée propre, originale, d’inventer des choses qui n’avaient jamais existé, de se libérer de toute convention extérieure et de se battre seul contre tous pour défendre leurs convictions profondes. De plus, leur capacité à se concentrer et à réfléchir sur ce qu’ils vivent leur permet de mieux comprendre les autres et le monde qui les entoure. 

Ils écoutent vraiment et accordent une véritable attention à leurs interlocuteurs. Ils ne s’expriment que lorsqu’ils pensent avoir quelque chose à dire, et réfléchissent avant de s’exprimer. Si ces caractéristiques peuvent vous évoquer celles des hauts potentiels, c’est bien normal. La grande majorité d’entre eux sont des introvertis. Ils font également d’excellents leaders, empreints de compassion et animés par des desseins nobles. Ils sont aussi très indépendants, mais capables de connexions profondes et durables. Comme ils n’ont pas besoin de l’autre pour recharger leurs batteries, ils ne se mettent en lien que parce qu’ils le veulent vraiment.

Selon Matthew Gildersleeve, professeur en philosophie comparée de l’université de Queensland, « Beaucoup d’introvertis ont l’impression de ne pas en savoir assez sur un sujet, jusqu’à ce qu’ils sachent presque tout. (…) Et cela se produit pour trois raisons. Premièrement, les introvertis peuvent imaginer l’immensité de n’importe quel sujet. Deuxièmement, ils connaissent cette terrible expérience de paralysie du cerveau, alors pour éviter cet horrible moment de vide, ils se préparent trop en accumulant le plus d’informations possible. Troisièmement, comme ils ne parlent pas souvent de ce qu’ils pensent, ils ne reçoivent aucun retour d’information pour les aider à prendre du recul par rapport à ce qu’ils savent déjà. » 

L’image extérieure plutôt négative des introvertis

Selon le docteur Marti Olsen Laney, c’est à partir de sa querelle avec Jung que Freud a commencé à désigner les introvertis de manière péjorative. Jung était introverti, Adler également, et Freud a très très mal vécu la querelle… 

La pression extérieure

En raison de cette image plutôt négative qui perdure, la pression que subissent les introvertis est énorme, et ceci, dès l’école maternelle. On encourage les élèves à participer et ils seront dûment congratulés s’ils obtempèrent, et considérés comme marginaux et non coopératifs s’ils ne participent pas.

Otto Kroeger and Janet Thuesen sont des psychologues consultants qui utilisent le MBTI. Dans leur ouvrage Type Talk. Ils parlent des capacités d’adaptation que doivent développer les introvertis dès leur plus jeune âge.  « Les introvertis sont en plus petit nombre, environ un individu sur trois. Par conséquent, ils doivent développer des capacités d’adaptation supplémentaires dans la vie, car ils seront soumis à une pression excessive pour “rentrer dans le moule”, pour se conformer au reste du monde. L’introverti subit une pression quotidienne, presque dès le moment de son réveil, pour réagir et se conformer au monde extérieur. » Ce qui peut entraîner au mieux une grande fatigue, un manque d’énergie, et dans les cas les plus graves, un dépression ou un burn-out.

Jung pensait que si on forçait un introverti à se comporter de manière extravertie ou inversement, cela pouvait se traduire par de la maladie mentale. Il existe un spectre de l’introversion la plus extrême à l’extraversion la plus extrême et selon Jung, on peut être sain d’esprit peu importe où l’on est positionné sur ce même spectre. Le fameux test MBTI, outil d’évaluation psychologique déterminant le type psychologique d’un sujet, a été créé en 1962 par Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs selon Les types psychologiques établis par Jung en 1921. Il est très utilisé en entreprise et vous trouverez de plus en plus de vidéos Youtube ou d’articles de blog consacrés à chaque type et à leurs caractéristiques. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez passer le test ici.

Un monde conçu pour les extravertis

Susan Cain est auteur de La force des discrets. Le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard, éditions JC Lattès (traduit de l’anglais QUIET : The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking). Elle affirme : « Dans le monde actuel, les traits de personnalité extravertis sont considérés comme un idéal. Il en résulte que les préférences de l’extraverti en termes d’environnement de travail sont favorisées, ces préférences étant le brainstorming collaboratif, les open space, une quantité importante de travail en groupe et peu de temps pour travailler seul. » Ce qui présuppose que toutes les personnes concernées sont à l’aise avec de nombreuses interaction sociales, peuvent penser à haute voix avec facilité et sont capables d’articuler des idées et de parler sans problème devant un groupe de personnes. 

Confrontés à ce monde foisonnant des introvertis, qui ne se livre pas, qui est caché, la plupart des extravertis prennent peur ou deviennent suspicieux. Pourquoi irait-on se dissimuler ainsi ? Dans un monde où l’extraversion est valorisée et gage de réussite, peut-être est-il nécessaire de considérer un peu plus cette richesse qu’est l’introversion, peu connue, mal perçue, et parfois même stigmatisée de manière très négative. 

A l’attention des managers, peut-être serait-il temps de prendre conscience de ces particularités si précieuses de certains de vos subordonnés. Peut-être le moment est-il arrivé où les salariés introvertis peuvent cesser de singer les caractéristiques de leurs comparses extravertis, notamment au cours de multiples activités d’intégration, de cohésion et de liesse généralisée. Offrez-leur la possibilité de s’isoler quand ils le souhaitent, laissez-les aller au bout de leur processus de réflexion et laissez-les parler ! Car ils n’ouvriront jamais la bouche à moins d’avoir quelque chose d’important à dire. Un peu moins de bavardage et un peu plus de sens en somme…

Le multitâche, cette douce illusion

Tout comme moi, vous accomplissez probablement vos tâches quotidiennes au rythme effréné des notifications de votre téléphone et de votre ordinateur. Et si vous croyez être capables de démultiplier votre attention pour répondre à ces stimulations multiples, la science risque fort de vous détromper. En réalité, vous passez très rapidement d’une activité à l’autre, en alternance, et perdez au passage une grande partie de votre efficacité. D’après une étude menée par le Bryan College, le manque de productivité résultant du multitâche aurait un coût d’environ 450 milliards de dollars aux Etats-unis. C’est donc loin d’être un sujet mineur. 

Selon Winifred Gallagher, auteur de Rapt, Attention and the Focused Life, l’attention est une ressource limitée. Nous pouvons traiter 110 bits d’information par seconde et 173 milliards de bits au cours de notre vie toute entière. À une époque où notre capacité à nous concentrer diminue de manière inquiétante, découvrez avec moi quelles sont les conséquences pour le cerveau d’une telle surcharge d’informations.

Le multitâche, une impossibilité révélée par la science

L’alternance des tâches

Au cours des vingt dernières années, David Meyer psychologue et chercheur en sciences cognitives de l’université du Michigan, a prouvé à maintes reprises que le multitâche est un mythe. Vous pensez faire plusieurs choses à la fois, mais en réalité, vous passez presque toujours d’une tâche à l’autre, en perdant un peu d’efficacité à chaque changement d’activité. 

Une seule tâche par canal

Selon lui, cela s’explique par le fait que le cerveau traite différents types d’informations sur des canaux distincts – un canal linguistique, un canal visuel, un canal auditif, etc. Ces derniers ne peuvent traiter qu’un seul flux d’information à la fois. Si vous surchargez l’un d’entre eux, le cerveau devient inefficace et sujet à l’erreur.

Regarder le pare-brise et lire l’écran d’un téléphone sont deux tâches visuelles et sont donc incompatibles. En revanche, il est possible d’effectuer des tâches ménagères en écoutant de la musique, car vous utilisez deux canaux différents. Parler avec un téléphone mains libres est extrêmement dangereux, explique David Meyer. Si la personne à l’autre bout du fil décrit une scène qui fait appel à votre sens visuel, la conversation peut occuper ce même canal suffisamment pour nuire à votre capacité de voir la route.

Une efficacité toute relative

Dans le cadre d’expériences publiées en 2001, le docteur Joshua Rubinstein de l’Administration fédérale de l’aviation, et ses associés, le docteur Jeffrey Evans, et le docteur David Meyer, ont mené quatre expériences au cours desquelles de jeunes adultes passaient d’une tâche à une autre, comme la résolution de problèmes mathématiques ou la classification d’objets géométriques.  Le docteur Meyer a déclaré que les brefs blocages mentaux créés par le passage d’une tâche à l’autre peuvent coûter jusqu’à 40  % du temps productif d’une personne.

Gloria Mark est professeure au Département informatique de l’université de Californie à Irvine. Dans le cadre de ses recherches, des observateurs ont été envoyés pour observer pendant trois jours et demi des employés de plusieurs sociétés technologiques et financières. Les chercheurs ont enregistré les activités de chaque travailleur et ont chronométré chaque tâche à la seconde près. En 2004, chaque employé changeait d’activité en moyenne toutes les trois minutes et cinq secondes. Mais le déficit d’attention évolue très rapidement. « La statistique la plus récente dont nous disposons remonte à 2016, où l’attention moyenne des gens sur leur ordinateur ou n’importe quel écran, était d’environ 40 secondes », explique Gloria Mark sur le podcast Undivided Attention. 

Le gorille invisible

Faisons ensemble une petite expérience. Ce test a été mis au point en 1999 par Christopher Chabris et Daniel Simons, deux chercheurs en psychologie cognitive de l’université de Harvard. Pour faire le test, suivez attentivement les instructions à l’écran. Et évitez de lire la suite si vous souhaitez obtenir des résultats concluants.

Deux équipes de basket échangent des passes : l’équipe portant des t-shirts noirs et l’équipe portant des t-shirts blancs. Vous devez compter les passes de l’équipe blanche et y mettre toute votre concentration. Il est fort probable que, ce faisant, vous ne voyiez pas le gorille qui fait irruption pendant quelques secondes au milieu des joueurs. L’étude de 1999 a montré que 50 % des participants ne l’avaient absolument pas vu passer. Elle est connue sous le nom de The Invisible Gorilla (Le gorille invisible).

En 1995, un officier de police, Kenneth Conley, avait été suspendu et accusé de faux témoignage car il affirmait ne pas avoir vu une agression violente survenue lors d’une course-poursuite avec un suspect, au coin de la rue où il se trouvait. En 2011, Chabris et Simons ont pu démontrer que le policier n’avait probablement pas vu l’agression car il était concentré sur une autre tâche. Et c’est ainsi que Conley fut réintégré dans ses fonctions.

L’attention continue partielle

Linda Stone, qui a passé 10 ans chez Apple, a été vice-présidente de Microsoft et est aujourd’hui auteure et consultante, notamment pour le MIT Media Lab, a étudié ce qu’elle appelle « l’attention partielle continue ». Chaque interruption, lorsque nous sommes concentrés, nous coûte environ 25 minutes de productivité et nous passons un tiers de nos journées à essayer de les récupérer.

Elle désigne par ces trois mots, « attention partielle continue », le fait de dispenser son attention partielle, partout, en permanence, dans le désir d’être au cœur des choses, de peur de manquer quoi que ce soit. C’est le FOMO bien connu des Américains (Fear of missing out, la peur de rater quelque chose). Nous voulons être connectés et nous scannons notre environnement et nos écrans pour trouver les meilleures opportunités, activités et contacts, et ce, à tout moment. Être occupé est valorisé, c’est être connecté, être vivant et avoir de l’importance. Par conséquent, nous sommes peu concentrés sur notre tâche principale à l’affût d’une meilleure opportunité.

Ce phénomène nous conduit à être en hypervigilance, infligeant à notre corps un état d’alerte et de crise tout au long de nos journées. Nous demandons à nos cerveaux de fournir de plus en plus d’efforts, comme si, avec des bandes passantes de plus en plus puissantes sur le réseau, nos cerveaux pouvaient suivre ce rythme effréné. Le résultat est que nous sommes hyper stimulés, fatigués et insatisfaits.

Les interruptions constantes

Les interruptions auto-infligées

Gloria Mark et son équipe ont également constaté que la moitié des interruptions était auto-infligée. Travailler sur une tâche et changer d’onglet pour consulter Facebook, par exemple, est une interruption auto-infligée. 

« Je pense que lorsque les gens changent de contexte toutes les 10 minutes et demie, ils ne peuvent pas réfléchir profondément. Elle précise Il n’y a pas moyen que les gens puissent atteindre le flow. [Ils] doivent se réorienter de manière cognitive, et c’est une charge cognitive supplémentaire parce que vous devez vous rappeler, par exemple, où vous en étiez si vous travaillez sur un document. Quelle était votre pensée avant d’être interrompu. » Gloria Mark, The podcast of undivided attention (Le podcast de l’attention totale).

La poursuite de la récompense la recherche de dopamine

En 1952, une étude est réalisée par des neurobiologistes canadiens James Olds et Peter Milner sur des rats en laboratoire. Ces derniers avaient la possibilité de stimuler certains groupes de neurones en appuyant sur une pédale. Pour certaines implantations, les rats appuyaient sur la pédale plusieurs milliers de fois par heure, oubliant de boire, de manger et dédaignant la ratte en chaleur introduite dans leur cage. Ils ressentaient manifestement un plaisir des plus intenses, oubliant tous les autres. Seul l’épuisement les arrêtait… Or le dispositif stimulait des neurones qui libéraient de la dopamine

Sean Parker, ancien président de Facebook, décrit le procédé mis en œuvre par les créateurs de Facebook, un système de « boucle de rétroaction de validation sociale », envoyant des shots de dopamine directement au cerveau. Il admet que « Non, le réseau social n’a pas été inventé pour aider les gens à mieux communiquer, mais, selon lui, pour consommer autant d’attention que possible de nos cerveaux en utilisant la “vulnérabilité” de la psychologie humaine ». (L’ADN, juin 2018)

Dopamine Labs, devenue Boundless Mind, start-up fondée par un neuropsychologue et un neuro-économiste, se charge de rendre addictives les applications de leurs clients grâce aux neurosciences et à l’intelligence artificielle. La start-up est largement décriée pour ses activités. « Tous les cerveaux fonctionnent de la même manière. Nous utilisons une intelligence artificielle pour déterminer les étapes qui vont vous motiver à avancer et à vous donner le plus de satisfaction », explique le docteur Combs, qui a rencontré son acolyte Ramsay Brown lors de leurs années à l’université de Californie.

Pour avoir plus d’informations sur l’hormone du bonheur, vous pouvez visionner la mini-série Dopamine, conçue et diffusée par Arte, qui explique les mécanismes responsables de l’addiction dans nos applications et réseaux sociaux préférés.

Les interruptions infligées par l’environnement

Le travail en open-space nous force à être constamment multitâche. Même avec un casque à réduction de bruit, chacun est contraint à changer d’objet d’attention en permanence. Il est de bon ton de saisir toutes les occasions de collaborer, d’avoir l’esprit d’équipe, de faire un bon mot… S’isoler, se concentrer vraiment sur une tâche est presque impossible… et pas forcément bien vu.

Subir le bruit, le regard des autres en permanence, être régulièrement interrompu a un coût. En effet, il semblerait que les économies générées par l’installation de bureaux en open space soient totalement annihilées par les pertes économiques qui en résultent : environ 60 % de baisse de productivité, et c’est sans compter les arrêts maladie, le fort taux d’absentéisme et le turn-over incessant.

Il est à noter que dans ce type d’espaces de travail, les employés les plus extravertis donneront le ton, partageant leur pensée, leur humeur facétieuse et leurs nombreuses anecdotes, tandis que pour les personnes de nature plutôt introvertie, ce type d’environnement s’apparente à un véritable cauchemar.

Remède à l’errance

La volonté personnelle/le libre-arbitre

Winifred Gallagher, journaliste scientifique, auteur de Rapt, Attention and the Focused Life, un livre sur le pouvoir de l’attention insiste sur notre propre responsabilité : « Une fois que vous avez compris comment fonctionne l’attention et comment vous pouvez en faire le meilleur usage possible, dit-elle, si vous continuez à sauter en l’air chaque fois que votre téléphone sonne ou à bondir sur ces boutons chaque fois que vous recevez un message instantané, ce n’est pas la faute de la machine. C’est de votre faute ». Se concentrer, c’est faire un choix délibéré. Elle confirme qu’il est impossible d’apprendre quelque chose à quoi on ne donne pas son attention. Elle conseille de travailler 90 minutes de manière concentrée en déconnectant tous ses appareils, puis de faire autre chose. 

L’attention s’enseigne

Jean-Philippe Lachaux est chercheur en neurosciences cognitives et directeur de recherche Dynamique cérébrale et cognition à l’INSERM de Lyon. Il a mis en place un programme de découverte et d’apprentissage de l’attention en milieu scolaire, le programme Atol. Ce programme financé par l’Agence nationale de la Recherche est suivi par 1.000 enfants à l’heure actuelle. Jean-Philippe Lachaux fournit des outils aux enseignants, ainsi qu’une bande dessinée Les petites bulles de l’attention, parue aux éditions Odile Jacob qui a été distribuée en librairie, à plus de 100.000 exemplaires. Son but est de toucher le plus grand nombre d’enfants possibles, leur apprenant l’attention et la concentration, bien avant leur exposition aux technologies de l’information. Une gymnastique reposant sur la perception, l’intention et la manière d’agir (PIM). (Lorsque vous avez un objectif, vous vous concentrez sur une perception, vous avez une intention de réaliser une action, et enfin vous mettez en place une manière d’agir). Il s’agit de garder en tête son objectif afin de ramener constamment son attention à sa volonté de le réaliser. 

La recherche du flow

Qui n’a jamais oublié totalement son environnement, la faim, la soif, toute notion de temps, pris par une tâche qui l’absorbe et le passionne totalement ? Selon les travaux de Mihály Csikszentmihalyi, psychologue hongrois et inventeur de ce concept devenu célèbre, « Le flow est l’état dans lequel sont plongées les personnes qui sont absorbées par une activité qui seule semble importer, et qui ignorent totalement leur environnement en appréciant la tâche à accomplir et tout en éprouvant du plaisir en la faisant ». Cet état que connaissent les artistes en pleine création, les inventeurs, les grands penseurs est indispensable à toute grande réalisation. Voulons-nous d’un monde où les plus grands intellectuels et scientifiques verraient leur potentiel amputé par des notifications et interruptions intempestives ? Selon Mihály Csikszentmihalyi, cette expérience d’immersion totale dans ce que nous faisons « entraîne des conséquences très importantes : meilleure performance, créativité, développement des capacités, estime de soi et réduction du stress. Bref, elle contribue à la croissance personnelle, apporte un grand enchantement et améliore la qualité de la vie. » 

La méditation

Pour Winifred Gallagher, la méditation serait la clé qui permettrait de reprendre le contrôle de sa vie en apprenant à diriger son attention, à en être le maître et non l’esclave. De nombreuses études scientifiques sont menées à l’heure actuelle sur le sujet et s’il est encore difficile de se prononcer, il semblerait que de courtes séances quotidiennes de méditation de pleine conscience permettent rapidement à des individus qui n’avaient jamais médité de diriger leur attention de manière plus efficace et aussi d’avoir des émotions plus positives. Ces pratiques favorisent également la mémoire et la créativité.

Selon, le Dr Josipovic, qui étudie les cerveaux de moines bouddhistes en les faisant méditer dans une machine à IRM depuis 2008, « Une chose que la méditation fait pour ceux qui la pratiquent beaucoup est d’améliorer la capacité d’attention. » Il ajoute que ces compétences permettent de mener une vie plus sereine et heureuse.

La pensée profonde 

Chez Intel, des membres du département Logiciels et services ont constaté qu’ils n’avaient jamais assez de temps pour penser de manière profonde et créative à des tâches ou à des problèmes à résoudre. Ils ont donc instauré quatre heures mensuelles de « Think time » (Temps pour penser) visibles sur un calendrier partagé au sein des équipes. Les employés ne sont pas tenus de répondre à leurs emails non-urgents ou au téléphone durant ces créneaux dédiés à la pensée. Le programme a connu un immense succès dès le départ, un employé ayant même développé un nouveau brevet peu de temps après avoir commencé à appliquer cette méthode, selon un rapport du Wall Street Journal.

De nombreuses études ont montré à quel point il était nocif de disperser son attention entre plusieurs tâches et de la laisser papillonner. Gloria Mark a observé comme conséquences des interruptions causées par les emails « une augmentation du stress, une humeur maussade et une baisse de la productivité ». Une étude de l’université de Londres a même prouvé que les interruptions et l’alternance des tâches affectaient le QI. Les participants qui tentaient de travailler de manière multitâche ont expérimenté une baisse de QI similaire à celle de personnes qui n’ont pas dormi de la nuit. Certains participants mâles ont vu leurs QI perdre 15 points et se retrouver avec un quotient intellectuel équivalent à celui d’un enfant de 8 ans. Sachez que si vous essayez de faire plusieurs activités en même temps, par exemple, lire un blog sur votre téléphone et écouter votre supérieur hiérarchique en réunion, vous ne garderez en mémoire que très peu d’informations de ces deux différentes sources. Gloria Mark et Stephen Voida de l’université de Californie encouragent les dirigeants et leurs équipes à programmer des créneaux horaires fixes pour relever ses emails et de couper ses notifications le reste du temps. Ils suggèrent également d’utiliser le téléphone et les rendez-vous en face à face autant que possible.

Bien avant l’ère d’Internet, le légendaire consultant en management et auteur, Peter Drucker, nous mettait en garde contre cette pratique dans son livre The Effective Executive de 1967. « Il y a eu Mozart, bien sûr, a écrit Drucker. Il pouvait, semble-t-il, travailler sur plusieurs compositions en même temps, toutes des chefs-d’œuvre. Mais il est la seule exception connue. Les autres compositeurs prolifiques de premier plan – Bach, par exemple, Haendel, ou Haydn, ou Verdi – ont composé une œuvre à la fois. Ils n’ont commencé la suivante qu’après avoir terminé la précédente, ou après avoir cessé de la travailler provisoirement et l’avoir rangée dans un tiroir. Les cadres en entreprise peuvent difficilement se considérer comme des “Mozart” ». 

A l’aide des données de plus en plus précises qui nous sont offertes par la science, il apparaît que la pression constante exercée sur nos cerveaux au quotidien est extrêmement nocive. Tout comme nous préservons nos corps de la junk food, il est temps de mener une réflexion sur les informations et contenus que nous laissons « entrer » dans nos vies, ainsi que sur nos comportements addictifs. Couper les notifications, s’éloigner des écrans le week-end et en soirée, renouer avec les livres et la nature, avec les personnes autour de nous, se ménager des vrais moments de concentration profonde lorsque l’on travaille sur un projet… à chacun de trouver sa propre hygiène personnelle. Il est largement possible de dire non, de s’isoler, de choisir consciemment ce sur quoi vous vous concentrez. Et, par respect pour vous-même, pour la tâche que vous souhaitez effectuer, pour la personne avec qui vous parlez, de lui dédier pleinement et consciemment votre attention. Vous connaissez à présent les effets dévastateurs produits par sa dispersion. Il ne tient qu’à vous, dès maintenant, de devenir son maître et non plus son esclave, pour votre bien-être, votre efficacité, votre santé, votre bonheur et celui de vos proches.

L’intelligence relationnelle au service du lien social distancié

Au cours de cette année 2020, où nous sommes contraints de garder constamment nos distances, où l’autre, masqué, est identifié comme un vecteur possible du virus, où toutes les occasions de se retrouver portent une ombre pour le moins menaçante, il est grand temps de se pencher sur ce qui fait le lien dans nos espaces privés et nos vies professionnelles. Comment le préserver au mieux, l’enrichir et le fortifier ? Revoyons ensemble, en les passant au prisme de notre situation actuelle, les bases de l’intelligence relationnelle et ses nombreux outils.

Comme l’explique la psychologue clinicienne Johanna Rozenblum : « Une période d’isolement comme nous l’avons vécue et comme nous allons vivre une seconde fois a des effets délétères sur notre psychisme et sur notre moral, […] Des contacts sociaux limités, voire absents lorsqu’on est seul chez soi, entraînent des conséquences somatiques et psychologiques bien réelles : repli sur soi, humeur dépressive, anxiété généralisée, ruminations, réactions d’hostilité ». Alors comment maintenir son bien-être et ses performances dans ces conditions ? Force est de le constater, les différentes mesures mises en place pour lutter contre l’épidémie nous ont contraints à nous couper partiellement d’autrui. Le port du masque, en nous privant d’une grande partie du langage non-verbal, des sourires et autres feedbacks, rend la communication bien plus difficile. 

Selon la découverte d’Albert Mehrabian, psychologue et professeur de psychologie, en 1967, 7 % de la communication est verbale, 38 % de la communication est vocale, 55 % de la communication est visuelle. Elle est donc fortement entravée par les masques qui recouvrent les trois quarts de nos visages, enfants compris. De plus, cet appendice nous rappelle à chaque instant à quel point l’autre peut être vecteur de danger, de maladie, de mort. C’est une véritable perte d’insouciance qui se produit aujourd’hui dans les relations. Sans compter que le confinement a considérablement éloigné les groupes sociaux autres que le cercle familial.

Le lien social confiné

Selon Serge Paugam, directeur d’études à l’école des Hautes Etudes en sciences sociales et directeur de recherches au CNRS, « les sociologues savent que la vie en société place tout être humain dès sa naissance dans une relation d’interdépendance avec les autres […] non seulement pour assurer sa protection face aux aléas de la vie, mais aussi pour satisfaire son besoin vital de reconnaissance, source de son identité et de son existence en tant qu’homme. » C’est donc un de nos besoins vitaux qui est dangereusement mis à mal au cours de cette crise sanitaire sans précédent. Un grand nombre d’entreprises se sont empressées de mettre en place des mesures afin d’adoucir un peu les conséquences de ces bouleversements.

Le comité exécutif de Loxam a mis en place la règle suivante : « une règle simple : chaque jour, chaque personne (…) doit être en contact direct avec son manager. Nous suivons les équipes en veillant à ne pas laisser des collaborateurs être confinés dans l’isolement ou sans aide s’ils sont malades. Au travers du téléphone, c’est devenu un rituel quotidien. » Et les priorités ont été revues en conséquence. « Aujourd’hui, le premier critère, c’est les gens, et ensuite, la santé et l’unité du Groupe ». De la même manière, une cellule psychologique chez Total a permis d’accompagner les salariés en souffrance lors du confinement. Et chez Mazars, un système de mentoring a permis aux plus jeunes salariés d’être accompagnés par un salarié plus expérimenté.

Plus que jamais, nous avons pu prendre conscience au cours du premier confinement et aujourd’hui encore, au cours du 2e confinement, à quel point le travail était vecteur d’identité, de lien social, de reconnaissance. Et s’il se distend car nous ne nous croisons plus à la machine à café, ou lors des points d’équipe, comment le renouer, le renforcer et s’adapter à cette situation pour le moins inédite ? 

L’intelligence relationnelle et ses outils

Selon Fabrice Lacombe, auteur de Faites confiance à votre intelligence relationnelle, Editions Gereso, 2014, « L’intelligence relationnelle repose sur la capacité à utiliser les outils de la relation pour s’adapter à son milieu ».  

La communication

Après ces longs mois passés à côtoyer nos collègues, notre famille et nos amis en visioconférence, nous avons pris conscience que la technologie ne faisait pas tout. Il nous fallait bel et bien réapprendre à émettre et recevoir des messages, car loin des contacts chaleureux auxquels nous étions habitués, et privés du langage du corps, il est devenu nécessaire d’être le plus efficients possible dans notre communication.

S’assurer d’être compris est un facteur prépondérant. Pour qui émettez-vous ce message ? Qui est votre interlocuteur ? Et en quoi ce que vous savez de lui peut-il vous aider à élaborer votre énoncé ? Comprendre son cadre de référence et trouver un langage commun est le prérequis de toute communication. 

Marshall B. Rosenberg, inventeur de la Communication non violente a posé les bases de cette manière harmonieuse d’interagir dans Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), 1999. Les quatre règles d’or de la CNV (communication non-violente) sont : 

  • Observer les faits, sans jugement (Ex : Hier tu es arrivé à 12h30 au lieu de 12h)

     

  • Reconnaître ses sentiments (Ex : Je suis triste, contrarié, etc.)

     

  • Exprimer ses besoins (Ex : J’ai besoin de pouvoir m’organiser ou j’ai besoin d’être considéré)

     

  • Formuler sa demande (Ex : Est-ce que tu pourrais dorénavant arriver à l’heure ou me prévenir si tu es en retard  ?)

     

Cette méthode d’organisation de l’interaction est très utilisée en entreprise. En évitant les débordements émotionnels, elle autorise une perception vraie du message qui est réellement émis.

 

L’écoute, socle de toute relation

Vous avez vécu, tout comme moi, ces réunions Zoom où chacun peinait à trouver son espace de parole. Où des faux départs de conversations tous en même temps étaient fatalement suivis de grands blancs embarrassants. Écouter ça s’apprend, et ces obstacles technologiques qui sont les nôtres en ces temps de confinement nous en donnent l’occasion plus que jamais. Alors pourquoi ne pas la saisir dès maintenant ? 

C’est en 1968 que Carl Rogers a défini le concept d’écoute active dans son ouvrage Le développement de la personne. Les bases sont largement accessibles à chacun d’entre nous et garantes de meilleures interactions, aussi bien dans nos vies privées que dans nos vies professionnelles. Les cinq points basiques de pratique de cette méthode sont :

 

  1. Accueillir l’autre tel qu’il est et lui manifester un réel intérêt sans rien attendre en retour
  2. Etre concentré surtout sur l’expression non-verbale de la personne, et non sur ce qu’elle dit
  3. Prendre en compte et comprendre le point de vue de l’autre
  4. Etre respectueux
  5. Reformuler et offrir un miroir à l’autre

Elle permet de dénouer facilement les situations conflictuelles, de comprendre l’autre en profondeur et de développer son empathie… 

 

L’assertivité comme hygiène relationnelle

 

Dans un contexte éprouvant, exprimer sa vérité peut être salvateur. Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain, reprend la notion ébauchée par Andrew Salter avant lui et définit l’assertivité comme « l’expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété ». Dire dans le respect de l’autre et de soi-même est la meilleure manière d’éviter les conflits naissants. Quelques questions à vous poser pour savoir si vous maîtrisez les rudiments de l’assertivité : 

  • Quel est le coût psychologique pour moi si je ne m’exprime pas ?
  • Est-ce que j’ai envie de payer ce prix en stress et en charge mentale  ?
  • Quel est le coût psychologique pour l’autre si je m’exprime ? 

L’expression doit permettre de se dire, lorsque nécessaire, tout en respectant l’autre, son espace, son cadre de référence, sa sensibilité. Et retrouver son pouvoir de s’exprimer permet de reprendre son pouvoir personnel. C’est aussi prendre sa place tout en laissant à l’autre la possibilité de prendre la sienne.

 

De nombreux outils permettent d’apprendre à équilibrer les relations interpersonnelles, qu’elles soient professionnelles ou privées, à accueillir ses émotions et à les gérer, à écouter et respecter l’autre. Mais le meilleur outil reste votre libre-arbitre, votre volonté de bien faire. A quel point avez-vous envie de nourrir cette relation, de la rendre agréable, stimulante, enrichissante pour l’autre ? Vous pouvez, parce que vous le décidez, teinter l’échange de légèreté, de bienveillance, nourrir l’estime de soi de l’autre, lui donner des retours positifs, de la reconnaissance, plaisanter, créer un moment de convivialité, vous ouvrir dès que l’occasion s’en présente, sourire, donner sans rien attendre en retour… c’est encore le meilleur moyen de renforcer les liens qui vous tiennent à cœur et c’est entièrement entre vos mains.

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L’intuition, cette intelligence qui reconnecte à soi

Il n’est pas rare que nous ressentions fortement l’envie de changer de trottoir, d’appeler une personne subitement ou encore de consulter ce livre qui traîne depuis cinq ans dans notre bibliothèque… et que notre vie entière s’en trouve changée. Cette petite voix, c’est l’intuition, qui intrigue depuis toujours les philosophes, les scientifiques, les artistes.. et chacun d’entre nous. Albert Einstein n’hésitait pas à la considérer comme une alliée au cours de ses travaux de recherche : « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle ». 

Au plus proche de nous, l’intuition nous informe d’un danger, nous murmure à l’oreille, en plein cœur, ou encore dans notre ventre, qu’une situation n’est pas saine pour nous, qu’un malheur nous guette. Elle nous aide à sentir quand un environnement professionnel, une relation amoureuse ou amicale est toxique, non-respectueuse de nous. L’ignorer, c’est prendre le risque d’aller à l’encontre de soi, de cheminer contre soi… Et peut-on s’étonner alors du burn-out ou de la dépression qui s’abat sur nous ? De l’infinie tristesse qui nous envahit ? 

L’intuition invalidée par Descartes

Depuis le fameux cogito de Descartes, « Je pense, donc je suis », il est de bon ton de tenter de comprendre le monde à l’aide de notre pensée, appuyés dans cette entreprise par l’ensemble des lois physiques qui nous gouvernent, et autres préceptes issus de notre mental pensant. De nombreux philosophes se sont penchés sur la question de l’intuition. Longtemps méprisée, son nom entaché, elle était reléguée au rayon ésotérisme des librairies. Quasiment assimilée au spiritisme ou à la sorcellerie, le mot faisait frémir tout autant… ou presque. 

Mais elle intrigue les philosophes depuis toujours, comme une mystérieuse propriété de l’âme, une immanence divine. Si l’on en croit Aristote, les principes de l’universel nous sont connus par elle. C’est le monde du sensible qui s’offre à nous par son intermédiaire. Vladimir Jankelevitch y voyait une forme de connaissance bien supérieure à toute forme de pensée « Selon [lui], le propre de l’intelligence est de se tenir toujours à distance des choses pour les disséquer afin de les comprendre. […] la rançon de cette distance est que l’intelligence ne se trouve jamais directement et complètement avec […] les objets qu’elle perçoit. », Daniel Moreau, La question du rapport à autrui dans la philosophie de Vladimir Jankelevitch.

Mais comment fonctionne-t-elle au juste ? 

L’intuition est définie par Le Petit Larousse illustré comme « perception immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement » (Petit Larousse illustré). Cette immanence de la pensée, nous la possédons tous et nous savons qu’elle est comme un surgissement, un savoir, une certitude… Pour certains d’entre nous, elle nous a probablement déjà sauvé la vie, peut-être même à plusieurs reprises. Nikola Tesla, grand intuitif s’il en est, a échappé au trépas de nombreuses fois grâce à des éclairs de génie instantanés et salvateurs.

De nombreuses études scientifiques se penchent sur le sujet, et pour Gerg Gigerenzer, psychologue, directeur de l’Institut Max Planck et auteur du livre Gut Feelings : The Intelligence of the Unconscious (Intuitions, intelligence de l’intuition), l’intuition est tout à fait fiable dans la prise de décision « surtout lorsqu’il s’agit de personnes qui sont déjà intellectuellement curieuses, rigoureuses dans leur quête de connaissances et prêtes à remettre en question leurs propres hypothèses ». Elle serait le fruit de toutes nos expériences passées, associées à l’intelligence collective dont nous bénéficions tous, et au vaste savoir non censuré accumulé par notre inconscient. Une forme d’intelligence supérieure en somme, quasiment omnisciente.

De nombreuses expériences en ont fait leur objet. Et il semblerait que le stress nuise au développement de l’intuition, tandis que son absence lui est propice. L’Américain John Kounios, psychologue et co-auteur avec Marc Beeman du livre Eureka Factor, souligne que « les récits de découvertes scientifiques telles que celle d’Archimède résonnent profondément en nous, car nous avons tous ce genre de moment de révélation, porteurs ou non de changements profonds dans notre vie, les « Aha moments ». Pour la petite histoire, Archimède, scientifique grec né en 287 av J.C. à Syracuse, comprit dans son bain, au cours d’un moment de lâcher prise et de détente, que « tout corps plongé dans un fluide subit une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide déplacé », donnant ainsi naissance à la poussée qui porta son nom. (Archimède, Traité des corps flottants). Par ailleurs, des recherches ont été menées, en Suisse et en Allemagne, sur 111 étudiants, qui prouvent que l’anxiété et le stress empêchent les individus de se connecter à leur intuition, tandis que les moments de bien-être favorisent son développement.

Certains types de personnalités y sont plus sensibles

Selon Scott Barry Kaufman, psychologue dit humaniste, « La foi en l’intuition est associée à une diminution de l’inhibition latente dans un échantillon d’adolescents très performants ». Pour rappel, le déficit d’inhibition latente (cf le paragraphe que j’y consacre dans mon article sur les HP et les nouvelles formes de travail) est une absence de filtres, plus ou moins prononcée, par rapport aux stimuli du quotidien. John Kounios penche aussi pour cette théorie de la désinhibition cognitive. « La créativité viendrait d’une diminution du contrôle exercé par le lobe frontal sur le reste du cerveau. Les pensées des personnes créatives seraient donc un peu moins disciplinées » et plus propices aux manifestations de l’intuition.

Ces caractéristiques s’appliquent bien sûr aux HP (hauts potentiels), mais aussi aux artistes, aux hypersensibles, aux scientifiques, à toute personne capable de pensée divergente, « out of the box » (non-conformiste). Chez les HP, la pensée passe en permanence du conscient à l’inconscient, des émotions passées aux émotions présentes, et fait des associations d’idées ultra rapides. Les deux hémisphères du cerveau fonctionnent autant l’un que l’autre et la gaine de myéline plus épaisse qui entoure les fibres nerveuses, favorise une transmission de l’information fulgurante. Une forme d’hyper-conscience est alors possible, et cet ensemble de facteurs favorise le surgissement de révélations dues à l’intuition. Les HP stockent également un grand nombre d’informations qui ne sont même pas perçues directement par la conscience, mais qui peuvent être réutilisées en cas de besoin. De la même manière, les introvertis, souvent moins distraits par l’environnement extérieur, sont plus sujets à l’intuition, en raison de leur capacité de construire un véritable « monde » à l’intérieur.

Le syndrome de Cassandre peut toutefois frapper les hyper intuitifs. Cassandre, qui avait le pouvoir de prédire l’avenir, fut punie par le Dieu Apollon qu’elle avait éconduit. Il la frappa de la malédiction suivante : son don de prédiction était intact, mais personne ne la croirait jamais. Pour les personnes douées d’intuition, ce syndrome peut vite devenir leur réalité quotidienne. Elles voient venir la crise, l’écueil, prennent des décisions parfois étranges qu’elles ne peuvent expliquer et se voient traitées comme des oiseaux de mauvais augure. De ce fait, elles peuvent même se faire rejeter très violemment, exclure d’un groupe ou d’une entreprise, et finalement préfèrent se taire. Christel Petitcollin prévient : « Les personnes très intuitives se font souvent rabrouer et peuvent développer une attitude de déni », et ne plus jamais se fier à leur intuition. 

Intuition et inventions

Dans les années 70, le docteur Judah Folkman fait une découverte qui révolutionne le traitement du cancer grâce à une série d’intuitions remarquables. Il conduit des expériences sur des cellules cancéreuses de souris et constate que les tumeurs ne peuvent se développer sans un apport minimum en sang des vaisseaux sanguins. Il parvient donc à « tuer » certaines tumeurs en les isolant et en les privant de sang. Mais le premier traitement basé sur sa recherche sera donné en 2004, seulement quatre ans avant sa mort. 

Ils sont nombreux les inventeurs connaissant des épisodes de la même nature, et qui ont révolutionné l’industrie, la science, et changé la face du monde. L’histoire de Newton et de la pomme est bien connue. L’anecdote est rapportée par le physicien à son biographe et ami, William Stukeley le 15 avril 1726 : « Au cours de la conversation, il [Newton] me dit qu’il s’était trouvé dans la même situation lorsque, longtemps auparavant, la notion de gravitation lui était subitement venue à l’esprit, tandis qu’il se tenait assis, dans une humeur contemplative. Pourquoi cette pomme tombe-t-elle toujours perpendiculairement au sol, pensa-t-il en lui-même. Pourquoi ne tombe-t-elle pas de côté ou bien vers le haut, mais constamment vers le centre de la Terre ? […] la pomme attire la Terre de la même façon que la Terre attire la pomme. »

Ce qu’en disent les chercheurs

Gerg Gigerenzer, auteur du livre Gut Feelings : The Intelligence of the Unconscious « Dans mon travail scientifique, j’ai des intuitions. Je ne peux pas toujours expliquer pourquoi je pense qu’une certaine voie est la bonne, mais je dois lui faire confiance et aller de l’avant. J’ai aussi la capacité de vérifier ces intuitions et de découvrir ce qu’elles signifient. C’est la partie scientifique. Maintenant, dans la vie privée, je me fie à l’instinct. Par exemple, quand j’ai rencontré ma femme pour la première fois, je ne faisais pas de calculs. Elle non plus. » 

Pour Christophe Haag, professeur-chercheur en comportement organisationnel, l’intuition s’appuie en premier lieu sur la connaissance, voire l’expertise face à une situation connue. Mais lorsque l’expertise fait défaut, la mémoire émotionnelle se met à rechercher à toute allure une situation analogue et fouille également dans tout le savoir accumulé. C’est l’assemblage de toutes ces données éparses qui s’exprime à ce moment-là sous forme d’une intuition.

Dans les années 1980, une découverte stupéfiante a été faite par Benjamin Libet, un neurologue californien. Il s’est rendu compte qu’une activité existait dans les aires motrices du cerveau une demi-seconde avant qu’une action soit effectuée ou qu’une décision soit prise. En d’autres termes, ce que nous nous apprêtons à faire est déjà en préparation dans notre cerveau avant même que la conscience puisse s’en emparer.

La cultiver est probablement une bonne idée

Lorsque nous sommes enfants, notre cerveau droit prend beaucoup plus de place. Et à cet âge de la vie, nous n’avons pas encore appris à nous brider, nous nous écoutons. Qui n’a pas senti son cœur se fermer face au cynisme d’une personne ? Qui n’a pas senti un malaise dans son ventre en pénétrant dans un endroit ou en rencontrant un individu qu’il ne « sent » pas. Qui n’a jamais senti sa gorge se serrer ou ses jambes lâcher dans un contexte qui ne lui convient pas ? C’est souvent par notre corps que notre intuition tente de communiquer avec nous. Et si nous faisons la sourde oreille, il y a de fortes chances qu’elle se mette à frapper plus fort… Il nous arrive également de nous mettre à agir, comme mus par une force qui nous dépasse, c’est toujours l’intuition. C’est la partie la plus intelligente de notre être, quasiment omnisciente, débarrassée des biais cognitifs, des idées préconçues qui tente de s’exprimer en toute bienveillance, généralement pour nous protéger. 

Vous souffrez au travail. Vous êtes mal, tellement mal dans cette entreprise. Vous vous y rendez, la mort dans l’âme tous les matins. Il n’y aucune raison valable de partir, vous tenez bon. Ce n’est pas si grave. Vous avez bien de la chance d’avoir un CDI et un revenu régulier, vous n’allez pas laisser passer cette chance…

Une partie de vous sait que vous êtes en train de vous abîmer ici, voire de vous détruire et elle cherche à vous en informer. Écoutez-la. C’est aussi cette partie de vous, si vous la laissez s’exprimer, qui vous donnera l’idée de ce nouveau livre, de cette nouvelle chanson, de ce nouveau projet. Écoutez-la. C’est elle aussi qui vous dira que quelque chose est malsain dans cette situation et que vous devriez vous en éloigner… C’est elle aussi qui vous empêchera de monter dans cet ascenseur avec cet individu…

Avec beaucoup d’amour, écoutez votre corps, ayez la certitude que votre intuition, cette part bienveillante de vous-même vous inspire au mieux. Offrez-vous de vrais moments de silence avec vous-même, faites le vide. Aimez-vous, jouez comme un enfant quand vous le pouvez, et voyez votre créativité se développer et vos choix inspirés se faire presque malgré vous, grâce à cet autre soi aimant qui ne vous veut que du bien.

Lire l’article sur le site d’Okamii.