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Pourquoi les HP sont-ils particulièrement à l’aise avec les nouvelles formes de travail ?

Article rédigé pour le blog Les nouveaux travailleurs

Pourquoi les HP sont-ils particulièrement à l’aise avec les nouvelles formes de travail ?

L’écriture inclusive, retour sur une polémique de plusieurs siècles

Que penser de l’écriture inclusive, ce débat qui enflamme notre beau pays depuis plusieurs années ? Sachez que la controverse prend sa source au XVIIe siècle, où une longue tradition d’écriture paritaire fut brutalement interrompue par la décision d’un seul homme. Penchons-nous sur les règles grammaticales d’alors. Voici la petite histoire de la place des femmes dans la communication écrite au cours des siècles…

Vous avez pu observer ces derniers temps dans les médias des marques du féminin apparaître à la fin des mots, séparées de ceux-ci par des points et autres signes typographiques. Mais également, des noms de titres, de grades, de fonctions, prendre le féminin jusqu’alors inusité. L’écriture inclusive, qui fait polémique depuis plusieurs années est destinée à rendre aux femmes leur visibilité dans la vie publique, politique et au sein des institutions.

Saviez-vous qu’au XVIe siècle encore, mais aussi au cœur du Moyen-Âge, les règles grammaticales paritaires étaient appliquées et faisaient loi ? Il aura fallu une décision despotique et radicale pour mettre fin à cet usage égalitaire de la langue française.

Retour aux sources de l’accord de proximité

A l’instar de Marguerite de Navarre et son Heptameron, et de Louise Labé, avec son recueil Le débat de Folies et d’amour, les femmes, à la Renaissance, occupent une vraie place parmi les philosophes, écrivains, scientifiques et autres intellectuels de leur temps. Cette liberté s’exprime également dans le langage, avec l’emploi de la règle de proximité de l’accord en genre jusqu’à la fin de la Renaissance. Par exemple, dans Athalie, Jean Racine, 1691 : « Armez-vous d’un courage & d’une foy nouvelle ». « Jusqu’au XVIIe siècle, les noms des métiers et des dignités exercées par des femmes étaient au féminin », rappelle Eliane Viennot, historienne de la littérature et critique littéraire française... 

C’est en 1647 que Claude Favre de Vaugelas, ennemi reconnu de Rabelais et de Montaigne, publie Remarques sur la langue française, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, et qu’il recommande que le masculin l’emporte sur le féminin parce que « le masculin est plus noble que le féminin ». Scipion Dupleix, historien, grammairien et conseiller d’Etat enfonce le clou. La règle d’accord de proximité est supprimée par l’Académie comme il l’a édicté en 1651 en tant que « conseiller du Roy » : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins ».

Après la Révolution française, en 1792, une requête des dames à l’Assemblée nationale tente de changer la donne : « Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre le plus noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être et sont également nobles. » Rien ne changera à la suite de cette requête.

Plus récemment, Eleanor Roosevelt s’est battue âprement pour que la Déclaration universelle des Droits de l’Homme adoptée à l’ONU le 10 décembre 1948 soit nommée « Universal declaration of human rights », et non « men rights » comme c’était initialement prévu. La neutralité du genre n’a malheureusement pas été appliquée en français, car il s’agit bien ici de la « Déclaration universelle des droits de l’Homme ».

Des institutions aux salles de classe…
ce qui a relancé le débat

En 2011, une pétition est publiée par les associations La ligue de l’enseignement et Femmes solidaires. Elles soumettent à l’Académie française la demande suivante :  il faut rétablir la règle de proximité dans l’accord du genre. La requête n’aboutit pas. Mais c’est le point de départ d’une longue polémique.

Le 3 janvier 2013, François Hollande crée Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), instance consultative indépendante française. Cette même instance publie deux ans plus tard son guide Pour une communication sans stéréotype de sexe : le Guide pratique du Haut Conseil à l’Egalité. Cette question concernait en premier lieu les professionnels de la communication publique et les décideurs politiques. Elle a gagné ensuite les écoles en 2017 et donc le débat public, sous la forme d’un manuel destiné aux élèves de CM2. 

Si l’Académie décrit l’écriture inclusive comme un « péril mortel » pour la langue, Word l’intègre à son correcteur orthographique le 27 octobre 2017, et Eliane Viennot lance un manifeste en sa faveur, adopté par 314 membres du corps professoral, sur Slate, le 7 novembre 2017. L’organe de presse adoptant également à cette date l’écriture inclusive au sein de ses pages. 

Au cours de ce même mois de novembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, produit et diffuse une circulaire contre l’usage de l’écriture inclusive dans les textes officiels. Mais finalement, l’Académie française promet de se pencher sur la question de la féminisation de la langue le 23 novembre de la même année. Le terme « écriture inclusive » intègre Le Robert, Le Robert illustré et Le petit Robert au cours de l’année 2018.

La question de la féminisation du langage, bien plus qu’une révolution moderne, a fait partie de l’évolution naturelle de notre langue et a longtemps prévalu dans les ouvrages littéraires et les textes officiels, bien avant notre temps. Il aura fallu la décision arbitraire d’un seul homme et un durcissement politique mettant fin aux festivités symposiaques de la Renaissance pour que la place des femmes dans les textes de toutes natures soit remise en question. Et si nous rendions aux femmes ce qui leur appartient ? Et si nous revenions aux règles grammaticales paritaires qui étaient encore en usage à la Renaissance ? C’est peut-être un premier pas dans la longue marche à venir vers une écriture plus inclusive et plus égalitaire…